Les Américains et la 6e Flotte
à Villefranche-sur-Mer
Les Américains et la 6e Flotte
à Villefranche-sur-Mer
Témoignages
Interview Vice-Amiral C. W. Grady,
Commandant de la 6e Flotte
Interview du vice-amiral Christopher W. Grady, commandant de la 6e Flotte (US Navy), réalisé par Florent Plana. A Villefranche-sur-Mer en Janvier 2017, à l’occasion du 50e anniversaire du départ de ... la 6e flotte, Florent Plana a interviewé le vice-amiral Christopher W. Grady. Celui-ci témoigne de l’importance de cet événement qui représente les liens historiques entre Villefranche et la 6e Flotte, mais aussi de l’importance de la relation forte entre l’US Navy et la marine nationale française. Merci à tous ceux qui ont participé à ce projet et à tous les partenaires et personnes qui soutiennent notre association. Partenaires et sponsors : Ville de Villefranche-sur-Mer, Département 06, Riviera Experience, Thales Group, WWII Veterans Memories.Lire plus
Interview Philip A. Dur,
US Sixth Fleet Veteran
Interview très intéréssante de Philip A. Dur, contre-amiral US Navy (retraité), filmée et réalisée par Florent Plana sur une musique originale de Baptiste Leblanc. A Villefranche-sur-Mer en Janvier 2017, à ... l'occasion du 50e anniversaire du départ de la 6e flotte, Florent Plana a interviewé Philip Dur qui raconte ses souvenirs de Villefranche entre 1965 et 1995 alors qu'il était officier de la marine américaine. Philip A. Dur est notre membre honoraire. Lisez sa biographie impressionnante en cliquant sur ce lien :Biography of Philip A. DurLire plus
Interview Thomas G. Lilly:
(USN Ret.)
Vidéo émouvante de Thomas G. Lilly, contre-amiral US Navy (retraité), réalisée par Florent Plana sur une musique originale de Baptiste Leblanc. A Villefranche-sur-Mer en janvier 2017, à l'occasion du 50e ... anniversaire du départ de la 6e flotte, Florent Plana a interviewé Thomas Lilly. Il nous raconte ses souvenirs de Villefranche entre 1955 et 1957 alors qu'il était tout jeune officier de la marine américaine. Thomas G. Lilly est notre premier membre honoraire. Lisez sa biographie très intéressante en cliquant sur ce lien :Biography of Thomas G. LillyLire plus
Mes souvenirs de Villefranche – par Thomas G. Lilly
Lisez l’histoire surprenante racontée par le contre-amiral Thomas G. Lilly (USN Ret.), membre d’honneur de notre association depuis Octobre 2020. Il vit à Oxford, Ms, avec son épouse Constance. Me ... souvenir des moments passés à Villefranche au milieu des années 1950 n’est pas difficile. Chacune des cinq visites que j’y ai faites entre 1955 et 1957 a été une aventure mémorable. Villefranche était le joyau de la Méditerranée, inconnu de la plupart du monde, et des touristes, en particulier américains. Ceux de la Sixième Flotte, cependant, le savaient bien. En tant que tout jeune enseigne de vaisseau, officier responsable des décaissements sur l’USS Betelgeuse (AK-260), un cargo de la classe Victory desservant la Sixième Flotte depuis Norfolk, en Virginie, ma première visite à Villefranche a eu lieu le dimanche 13 novembre 1955. Nous étions arrivés tard la veille de Gênes et étions amarrés à une bouée. Avant notre arrivée, on m’avait dit que Mom Germaine avait un sentiment chaleureux pour le Betelgeuse car sa fille s’était mariée avec un marin qui avait servi sur ce navire quelques années auparavant. Un de nos premiers-maîtres m’a également raconté l’histoire de Bloody Mary et qu’elle était devenue membre de la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale après l’exécution de son mari et de son fils par la Gestapo. Elle disait avoir reçu son sobriquet pour avoir tué plusieurs soldats allemands par vengeance. On m’a dit qu’elle venait toujours accueillir les navires dès leur arrivée à Villefranche, qu’elle pouvait quelquefois monter à bord pour vendre des fleurs et qu’elle était même descendue dans les quartiers des officiers. J’ai été averti de l’éviter parce qu’elle était très imprévisible et passait pour une folle. En fin d’après-midi, j’ai embarqué sur l’une des navettes du navire pour aller à terre, et, après avoir débarqué, j’ai cherché à voir si je pouvais repérer d’autres officiers subalternes du navire déjà à terre quand, tout à coup, j’ai senti une main dans la poche droite de mon pantalon qui la vidait. Je me suis rapidement tourné et j’ai vu une petite femme très robuste aux bras puissants qui a ensuite ouvert sa main pour montrer l’argent qu’elle avait récupéré de ma poche, a pris ce qu’elle considérait évidemment satisfaisant puis m’a remis le reste avec un bouquet de fleurs et un sourire ironique. Je n’avais pas besoin que l’on me dise que je venais d’avoir ma première rencontre avec Bloody Mary. J’étais stupéfait que quelqu’un fasse quelque chose comme ça et j’ai vu qu’elle était vraiment imprévisible. Je n’ai pas demandé mon reste et ai continué mon chemin les fleurs à la main vers l’établissement de Mom Germaine où j’ai vu un ou deux autres officiers. L’un d’eux et moi avons décidé de dîner chez Mom Germaine. Mon siège faisait face à la cuisine et, en attendant que les plats soient servis, je me suis retrouvé soudainement étouffé par derrière et je pouvais à peine respirer. La chaise tombait vers l’arrière et, juste avant que je ne tombe au sol, la prise a été soudainement relâchée. Je me suis retourné et ai vu Bloody Mary qui m’avait étouffé avec la poignée de sa canne. Elle a ricané et m’a fait un sourire satisfait. Mom Germaine, voyant ce qui s’était passé, est venue par derrière et l’a faite partir. Je croyais maintenant que Bloody Mary devait être folle et j’étais choqué par ce qu’elle venait de faire. Je n’avais pas voulu la rencontrer mais maintenant j’avais déjà vécu deux incidents très troublants avec elle lors de mon premier jour à Villefranche. Je ne voulais certainement pas répéter l’expérience une deuxième fois. Mom Germaine était un endroit très populaire et les tables en bordure étaient généralement bondées, en particulier dans la soirée. Les habitants de la région, y compris les musiciens et les artistes venaient et je me souviens d’un acrobate sur un monocycle qui passait à travers la foule, alors que certains de nos membres d’équipage étaient présents. Lors de cette première visite, j’ai appris que notre commandant, Captain Russell H. « Snuffy » Smith, diplômé de l’Académie navale et survivant du naufrage de l’USS Wasp (CV-7) pendant la Seconde Guerre Mondiale, était toujours mélancolique lorsqu’il venait à Villefranche. En 1938-1939, alors qu’il servait à bord de l’USS Jacob Jones (DD-130) à Villefranche, son jeune enfant y mourut. Mom Germaine l’aurait connu à l’époque et connaissait bien la tragédie. Mais je ne l’ai jamais entendue en parler. Pendant notre temps à Villefranche, plusieurs vendeurs sont venus à bord pour commercialiser leurs produits en vente dans le magasin du navire. Un vendeur allemand, ancien commandant de sous-marin qui portait un bandeau noir sur un œil, vendait des appareils photo et des jumelles. Celle qui s’est le plus distinguée était une jeune femme séduisante et discrète dénommée Eliane Hugues de Cannes qui représentait, si je me souviens bien, les parfums Lancôme. Elle venait toujours au navire dès notre arrivée à Villefranche et c’était toujours un plaisir de la voir. L’après-midi suivant, j’ai pris le bus pour visiter Nice et, à mon retour à l’arrivée de la navette, j’ai été accueilli par Bloody Mary qui m’a offert un bouquet de fleurs et, en dépit de ses actions passées envers moi, je lui ai donné 100 Francs. Le Betelgeuse quitta Villefranche le lendemain pour Barcelone. Notre visite suivante à Villefranche a eu lieu le jeudi 16 février 1956, lorsque nous sommes arrivés ce matin-là de Naples, avec l’USS Newport News (CA-148) présent en tant que navire amiral de la 6e Flotte. L’élégant yacht noir d’Errol Flynn, le Zaca, était présent à cette occasion ou lors de notre prochaine visite plus tard cet été-là. Je suis certain d’avoir vu Bloody Mary ce jour-là, mais je ne me souviens pas des détails de cette rencontre. Nous sommes partis tôt le lendemain matin pour Cannes, où nous avons rejoint d’autres navires de la Sixième Flotte. Nous sommes retournés à Villefranche dans la matinée du jeudi 16 août 1956, cette fois en provenance de Barcelone. L’USS Salem (CA-139), désormais fleuron de la Sixième Flotte, était présent. Ce jour-là, j’ai transféré 550 000 US$ en espèces à l’agent de décaissement du Salem, ayant eu l’ordre d’obtenir ces fonds à Norfolk, puis les transférer à cet agent sur le Salem. Lorsqu’il est venu en bateau sur le Betelgeuse pour récupérer l’argent, il était accompagné de plusieurs gardes des Marines lourdement armés. Cet après-midi-là, je suis allé à terre et ai pris le bus pour Nice avec deux autres officiers junior de notre navire. Bloody Mary est montée dans le bus juste derrière nous et j’ai remarqué que quelque chose s’était dit entre elle et l’un des autres officiers assis en face de moi avant qu’elle ne s’assied derrière lui. Aucun autre passager n’est monté à bord de l’autobus. Juste après, Bloody Mary a mis sa canne autour de son cou, l’étouffant et le tirant vers l’arrière. Son visage est devenu très rouge et il ne pouvait pas parler. Enfin, elle a relâché sa canne et l’a placée à côté d’elle. Elle n’était certainement en aucune sorte une personne à rencontrer. Ses biceps étaient énormes pour une femme. Elle semblait être toute en muscles et « forte comme un bœuf ». J’étais en service le lendemain et suis resté à bord du navire. Le lendemain matin vers 9h, nous sommes partis pour Cannes. Nous sommes ensuite venus à Villefranche en provenance de Naples le mardi 9 avril 1957. Aucun autre navire de l’US Navy n’était présent. Je suis allé à terre dans l’un des bateaux du navire avec notre officier exécutif et nous sommes allés au pied de la rue de l’Eglise à côté de l’hôtel Welcome. Nous commencions à peine à monter les marches du long escalier en pierres qui mène à la partie supérieure de la ville quand, environ 50 mètres au-dessus de nous sur l’escalier, nous avons repéré Bloody Mary. En nous voyant, elle se mit à agiter sa canne en l’air, criant quelque chose en français avec enthousiasme et s’est mise à descendre l’escalier. Nous avons tous les deux senti qu’elle se dirigeait vers moi et il a dit que j’ai dû lui rappeler son fils d’une manière étrange. Je lui ai dit que je ne savais pas pourquoi elle avait agi de cette façon mais je ne voulais pas savoir et devais partir. Je me suis dirigé vers l’entrée de la rue Obscure et j’y suis entré, pensant que je pouvais sortir de la rue souterraine quelque part sur la rue de l’Eglise au-dessus de l’endroit où elle s’était tenue debout même si je n’avais jamais fait cela. J’ai rapidement marché à travers le tunnel sombre jusqu’à ce que je me trouve à un endroit où j’ai dû faire un tour et j’ai été surpris de voir Bloody Mary debout juste en face de moi, souriant et riant à la fois. Elle avait en quelque sorte su ce que j’avais l’intention de faire et savait sûrement tout sur la rue Obscure. J’ai été tout simplement étonné de ce qu’elle avait fait. Agité, je me suis rapidement retourné pour revenir sur mes pas pour sortir de la rue Obscure. Abandonnant ma tentative de monter la rue de l’Eglise, j’ai pris un bus pour Nice pour l’éviter. Je suis resté perplexe quant à la raison pour laquelle elle semblait concentrer son attention sur moi comme elle l’avait fait. En tout cas, c’est la dernière fois que je me souviens l’avoir vue. Le temps était désagréable pendant que nous y étions cette fois-là et le lendemain, le vent était très fort, atteignant une vitesse d’environ 74 km/h, et toute la navigation de plaisance a dû être annulée. Le navire, alors qu’il était amarré à une bouée, a été balancé dans les deux sens par des vents forts tout au long de la journée. Vers 6 heures du matin le lendemain, jeudi 11 avril, nous avons quitté Villefranche pour Gibraltar. Le mardi 25 juin 1957, nous sommes retournés à Villefranche pour un grand exercice en mer de la 6e Flotte et nous sommes amarrés à une bouée vers 8 heures du matin. À 11 h, j’ai quitté le navire en tant qu’officier de patrouille à terre et j’y suis resté jusqu’à peu près minuit le lendemain. Je n’y ai pas vu Bloody Mary à cette occasion et je me demandais si quelque chose lui était arrivé. Sa présence dans la zone portuaire m’a manqué et j’espérais qu’elle allait bien. Le Betelgeuse s’est mis en route pour Naples vers 10h30 le jeudi 27 juin. C’est le dernier voyage que j’ai fait sur le Betelgeuse à Villefranche et en Méditerranée. Je ne suis revenu à Villefranche que le 25 mai 1998 quelques 41 ans plus tard, lors d’une visite en France avec quelques amis de la Marine et leurs épouses. J’avais l’intention de revenir à Villefranche et surtout chez Mom Germaine. Un autre couple a accepté de se joindre à nous en voiture de Nice où nous venions d’arriver à l’hôtel, et nous sommes allés à La Mère Germaine vers 14h30, n’ayant pas mangé depuis que nous avions quitté Carpentras beaucoup plus tôt ce matin-là. Le maître d’hôtel chez Germaine, nous l’avons appris plus tard, était Thierry Blouin et il nous a dit que, malheureusement, le chef était rentré chez lui, et qu’ils ne servaient plus à déjeuner. Je lui ai dit que j’attendais depuis plus de 40 ans pour avoir la chance de revenir chez Mom Germaine et que j’y avais passé beaucoup de temps alors que j’étais en service dans la Marine au milieu des années 50. Il a fait une pause et m’a dit qu’il voulait que je le suive pour rencontrer sa mère, Josiane Blouin, qui se trouvait dans l’arrière-salle à la caisse. En rencontrant Josiane, nous avons parlé de la fille aînée de Mom Germaine et sœur de Josiane, Claire, et de son mariage avec un marin américain. Josiane ne se souvenait pas de Bloody Mary. Elle m’a dit qu’elle était probablement trop jeune à l’époque mais que sa sœur aînée Claire qui vivait à Pensacola, FL, pourrait m’en parler. Elle m’a donné son adresse. Thierry a dit qu’il était désolé de ne pouvoir nous servir le déjeuner mais nous a proposé de nous servir une salade et du vin. Nous avons beaucoup apprécié et avons mangé à une table donnant sur la rade. La salade, le vin et le dessert étaient parfaits pour l’occasion. La gentillesse manifestée par Thierry et Josiane nous a laissé un souvenir mémorable de la mère Germaine et nous leur en sommes reconnaissants. Après avoir dit au revoir, nous sommes allés à l’entrée de la rue Obscure et j’ai marché un peu à l’intérieur me souvenant de ma dernière rencontre avec Bloody Mary et souhaitant l’avoir connue d’une manière différente. Nous avons ensuite quitté Villefranche et sommes retournés à Nice. De retour aux États-Unis, j’ai appelé Claire Kelley, qui a confirmé que son mari servait sur le Betelgeuse quand elle l’avait épousé mais qu’il avait été transféré peu de temps après sur le Salem. Après sa retraite en tant que premier-maître de la Marine, il a été employé comme technicien radar, réparant l’équipement radar sur les navires de l’US Navy en Méditerranée. Claire se souvenait de Bloody Mary et m’a dit qu’elle en avait peur dans sa jeunesse. Elle avait entendu parler de l’officier de marine américain dont le bébé s’était noyé dans le port de Villefranche. On lui avait dit qu’ils avaient laissé le bébé sur son lit dans sa cabine et bloqué le hublot avec un oreiller, pensant que le bébé ne pourrait y passer à travers. Cependant, le bébé a fait exactement cela, il est tombé dans l’eau par le hublot et s’est noyé. Je lui ai dit que le bébé était l’enfant du capitaine « Snuffy » Smith, qui avait été mon commandant sur le Betelgeuse et sa tristesse lors de notre visite à Villefranche. Pendant de nombreuses années avant et après ma dernière visite à Villefranche en 1998, j’avais essayé de découvrir la vérité sur Bloody Mary et son vrai nom mais je n’ai pas réussi jusqu’à ce que je trouve son nom mentionné sur le site de l’USS Des Moines Association, où j’ai appris que son vrai nom était Madame Edith Duhamel et qu’elle avait été honorée par la Ville de Villefranche en donnant son nom à une rue. Mes remerciements vont à Jerry Aheron qui a servi sur le Des Moines, pour mettre en lumière son vrai nom et son histoire. Enfin, le mystère de Bloody Mary avait été résolu, non seulement pour moi, mais pour d’innombrables autres. J’ai aussi constaté que je n’étais évidemment pas le seul à avoir eu des difficultés en interagissant avec elle, voyant qu’il a apparemment fallu un certain temps avant que la Ville de Villefranche ait officiellement reconnu son service. J’ai été très heureux de voir que cela avait été fait. Thomas G. Lilly Oxford, MS, États-Unis USS Betelgeuse (AK-260) 1955-1957 Note de la présidente (20/12/2020) : Le dernier paragraphe mérite une correction. En effet, ce texte nous a été transmis en 2016. Après de nombreuses recherches, il apparaît que Bloody Mary n’est pas Madame Edith Duhamel, héroïne résistante pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le mystère de Bloody Mary reste donc entier à ce jour.Lire plus
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Au son d’une valse lente
par Jean-Pierre Kolodziejski
Ma mère s’appelait Marie Bentaccordi. Elle rencontra Tom Bradley, un marin américain à bord de l’USS Omaha (ou était-ce l’USS Raleigh ?) en rade de Villefranche à un thé dansant. ... Elle avait 23 ans. Je n’ai appris l’existence de son premier amoureux que par bribes au fur et à mesure des années, et très peu tant que mon père était en vie. La première fois que j’appris l’existence de ce personnage eut lieu lors du déménagement de ma famille de la Villa Rialta au port de la Darse à l’automne 1955. Nous étions, ma mère et moi, en train de vider le buffet de cuisine de sa vaisselle, quand je découvris une photo grand format sous le papier protégeant les étagères : c’était un portrait genre studio d’un bel homme blond en uniforme de l’US Navy. J’appelai ma mère pour lui montrer ma découverte ; elle me retira la photo des mains un peu embarrassée et partit avec. Fin de l’épisode ; je compris qu’il n’y avait rien à ajouter. Sautons quelques années. Au printemps 1970, je rentrais d’un séjour d’un an aux États-Unis, un programme d’échange étudiant qui m’avait fait découvrir l’Amérique. Je devais alors faire mon service militaire après avoir épuisé tous mes sursis. Emballé par mon expérience américaine, je fis part à mes parents de mon intention d’y retourner pour y vivre. C’est ce qui poussa ma mère à m’en dire un peu plus sur le marin de la photo. Elle me dit qu’elle était tombée amoureuse de ce Tom Bradley et qu’elle était prête à épouser, mais qu’elle savait que son éloignement aurait brisé le cœur de ma grand-mère. Elle renonça donc à son projet, une façon indirecte de me faire comprendre qu’elle ne supporterait pas mon absence elle non plus. En 1973, je partis quand-même au Canada où j’avais trouvé un boulot lucratif et mon père décéda quatre ans plus tard. Ma mère vint me voir fréquemment et elle passa les quatre dernières années de sa vie avec moi. Ce qui nous donna l’occasion de parler de beaucoup de choses. C’est ainsi que Tom Bradley revint un jour dans la conversation. Elle fut très étonnée que je me souvienne de l’épisode de la photo cachée dans le buffet. Ma mère fut choisie comme demoiselle d’honneur pour le festin de la Saint-Michel à Villefranche, sans doute en 1936. En tant que telle, hormis les ventes de boutonnières dont elles étaient chargées par le Comité des Fêtes, les demoiselles d’honneur recevaient les notables et leurs invités à l’entrée du chapiteau où avait lieu le bal. Soudain, apparut un trio de marins américains en goguette, et l’un d’eux, au cours de la soirée invita ma mère à danser. Elle refusa et lui expliqua du mieux qu’elle put, vu la barrière linguistique, que son rôle était de rester avec les officiels et leurs invités, donc pas question de danser avec de simples marins. Il insista pour la rencontrer après le bal, elle lui donna une fin de non-recevoir. Le hasard fait de bien curieuses choses. Son patron, un maître tailleur de la rue de France, avait ses habitudes au Casino de la Jetée-Promenade. Il lui offrit une invitation pour elle et ses copines à un thé dansant donné par la Ville de Nice un samedi après-midi. Elles se mirent sur leur trente-et-un, chapeau, gants et le reste et arrivèrent dans la grande salle de bal où une foule se pressait autour de la piste. Il y avait de nombreux uniformes et parmi ceux-ci, qui vit-elle ? Le marin américain du festin dernier. Il était en détachement avec d’autres matelots pour accompagner les officiers de son vaisseau invités par la Ville de Nice. Elle ne pouvait lui refuser la danse qu’il lui avait demandée quelques mois plus tôt. Ils valsèrent langoureusement au son d’un Boston et elle tomba amoureuse du beau blond. Ils se fréquentèrent pendant trois ans. À chaque escale, Tom était fidèle au rendez-vous. Mon grand-père commençait à s’inquiéter : quelle réputation aurait sa fille qui fréquentait ainsi un marin de passage ? Ma grand-mère ne savait plus à quel saint se vouer. Ma mère avait commencé à apprendre l’anglais pour mieux comprendre Tom. Lui de son côté n’avait pas attendu pour prendre tous les renseignements nécessaires sur elle et sa famille, réputation, moralité et condition sociale. Était-elle au moins catholique ? Au printemps 1939, il la demanda en mariage et était prêt à aller voir son père. Elle le supplia d’attendre encore un peu. Il devait surtout demander la permission à ses supérieurs de l‘épouser. La Navy était stricte sur les mariages avec des étrangères. Non seulement il y aurait enquête, mais Tom devait avoir suffisamment d’argent pour assurer le passage de sa future vers les États-Unis. Cela prendrait du temps et ils décidèrent de se marier au printemps 1940. Le navire quitta Villefranche vers juillet et Tommy confia son portefeuille à ma mère en gage. Elle me dit qu’il contenait une « grosse somme de dollars ». Le bateau devait revenir à l’automne 1939. Il ne revint pas car la guerre éclata le 3 septembre et les États-Unis étant neutres, il remonta vers les Pays-Bas qui eux aussi étaient neutres. Ma mère reçut une lettre de Tom à la Noël. Il lui demandait d’écrire à ses parents à Marion dans l’Illinois. Elle se rendit alors compte que la providence lui dictait de rester avec les siens. Elle alla au consulat américain à Nice avec le portefeuille de Tom, afin qu’il soit retourné à ses parents. On lui donna un reçu et lui assura que ce serait fait promptement. Elle reçut une lettre des Bradley en janvier 1942, elle avait été expédiée en novembre 1941 et avait sans doute passé à la censure. Ils la remerciaient pour avoir rendu le portefeuille et l’argent mais l’informaient qu’ils n’avaient aucunes nouvelles de leur fils depuis plusieurs semaines. Ils savaient seulement que son navire n’était plus en Europe. Elle n’entendit plus jamais parler de Tom et des Bradley. Le 7 décembre 1941, à 20h (heure allemande), alors qu’elle prenait l’apéritif à la terrasse d’un café à Villefranche avec ses amies d’enfance et leurs maris, elle rencontra mon père Casimir Kolodziejski, que les deux hommes avaient invité sachant que ma mère était encore célibataire. Il était exactement 8h du matin à Honolulu au même moment : Pearl Harbor était en train de changer le cours de la guerre. Mes parents se marièrent en Avril quatre mois plus tard. Ma mère avait cependant gardé précieusement la photo de Tommy. Mais moi, je ne l’ai jamais revue.Lire plus
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J’étais le boss du Diesel gang à bord du Des Moines CA-134
J’étais à bord du Des Moines du 15 février 1957 au 12 août 1960. Nous avons traversé l’Atlantique pour Villefranche-sur-Mer en milieu d’année 1958 et j’ai été affecté là-bas jusqu’en ... Août 1960. Au moment où ces photos ont été prises, j’étais second-maître 2e classe, E5. J’ai été promu E6 (maître) juste avant la fin de mon service. J’étais aussi allé à l’école de plongée de la Marine et pendant que j’étais en Méditerranée, j’enseignais la plongée aux autres marins. La 1ère photo a été prise par un des membres du groupe à qui j’enseignais. J’ai pris la 2nde photo des autres gars que j’instruisais. Le collègue que l’on voit avec moi sur la 1ère photo s’appelle Stevens mais je ne me souviens pas de son prénom. Il était avec moi dans la division A, « Diesel gang ». Son grade à ce moment-là était E3 (marin breveté de 1ère classe). J’étais le boss du « Diesel gang » et nous étions les mécaniciens qui prenions soin des bateaux, véhicules, générateurs et motopompes portables et de tout ce qui avait besoin d’être réparé. Dans la seconde photo, vous pouvez voir un grand sac blanc à l’arrière-plan. Il était plein de vieux objets que j’avais remontés à la surface juste en face de la Citadelle. Sur les 3e et 4e photos, on me voit avec Larry Rowe à la Darse. Quelquefois, nous portions notre matériel de plongée jusqu’à la digue et entrions dans l’eau par les rochers en face de la Darse. Comme j’aimerais être encore aussi mince qu’en ce temps-là… Larry était E4 (second-maître 3e classe) et faisait aussi partie de mon équipe La 1ère photo me montre en train de grimper à bord du voilier duquel nous plongions près du phare du Cap Ferrat. J’avais quelque chose dans ma main, qui s’est avérée être une simple bouteille de vin de l’époque et n’avait finalement pas d’intérêt. Je l’ai jetée à la poubelle après ça. La 2nde photo montre Larry Rowe grimpant à bord. C’était un voilier qui appartenait à un gars qui s’occupait du local des vestiaires à Villefranche, qui était je pense sous le restaurant au 2e étage de l’immeuble des douanes. Il avait besoin d’hommes d’équipage pour naviguer, alors il nous emmenait avec lui sur son voilier. Ensuite, il s’ancrait quelque part et nous plongions. Je ne me souviens pas exactement mais je crois que c’est à lui que j’ai donné les objets anciens que j’avais trouvés au fond de l’eau car nous n’avions pas la place pour les garder sur le navire. La 3e photo est prise du pont du Des Moines vers le bateau de plongée qui venait chercher les plongeurs directement au navire. La photo n°4 est prise à bord du bateau de plongée qui appartenait à Michel Feix (?). C’est lui qui tient ses mains dans ses poches. Il avait un magasin de plongée au port de Nice, que l’on voit sur la photo n° 5. Sur la photo n°6, on voit le bateau de plongée quitter le navire. La photo n°7 montre un poulpe que j’avais attrapé. La photo n°1 est une bombe allemande de la 2e Guerre Mondiale que j’ai remontée du fond de l’eau juste à la sortie du port du Pirée (Athènes). Quand je l’ai trouvée, il y avait beaucoup de concrétions marines et je pensais avoir trouvé une amphore antique, ce qui aurait valu une fortune. Je l’ai cachée à bord du navire, puis gratté toutes les concrétions et j’ai trouvé les inscriptions allemandes gravées dessus. Pendant la nuit, je l’ai cachée à l’arrière du navire et l’ai rejetée à la mer. La 2nde photo montre une gravure que j’ai vue dans la Citadelle. Je l’ai recherchée récemment mais n’ai pu la retrouver. Savez-vous ce que c’est et quelle est son histoire ? La 3e photo montre le port de débarquement avec la tente où se trouvaient la radio et l’officier en charge qui se tenait à côté. #4 C’était peu après notre arrivée à Villefranche-sur-Mer en 1958. C’était notre 1ère visite au Palais de Monaco. Je suis prêt à allumer le canon. Je n’arrive pas à identifier les autres marins. #5. Je me pose la question à propos de cette plage de galets. Est-ce qu’elle n’est pas différente maintenant ? Paul W. White, Petty Officer E6 (USN, Ret.)Lire plus
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La famille Conners
à Villefranche 1952-1954
Témoignage de Michelle Conners fille de Thomas G. Conners, vétéran de l’US Navy Mon père s’appelle Thomas Gerard Conners. Il était Yeoman 2nd et 1ère Classe et a servi en ... tant qu’officier personnel Yeoman dans le staff de la 6e Flotte du 5 Octobre 1952 au 10 Mars 1954. Il a servi à bord de l’USS Salem (CA-139), l’USS Des Moines (CA-134), l’USS Newport News (CA-148) et brièvement à bord de l’USS Columbus (CA-74). Il a quitté la division du staff de Commander Carrier à bord de l’USS Franklin Delano Roosevelt (CVA-42) pour rejoindre le staff de la 6e Flotte en 1952. Ma mère, Betty L. Conners; Moi, Michelle Conners; et mon frère, Dennis Conners, l’avons rejoint à Villefranche-sur-Mer en Décembre 1952. Nous avons navigué de New York à bord de l’USNS Geiger pour arriver à Livorno, Italie où mon père nous a accueillis et nous a ramenés à Villefranche-sur-Mer. Mon frère, Edward Tom Conners, est né dans une clinique à Nice, France le 5 Octobre 1953. Nous sommes repartis aux Etats-Unis à bord de l’USS Constitution le 14 Mars 1954. Quand nous sommes arrivés, nous avons vécu dans la Villa Clausis, Quartier St. Estève puis nous avons déménagé dans la Villa Denis, avenue de Verdun. J’étais à l’école à l’Institut du Sacré-Cœur avenue du Général de Gaulle.Lire plus
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Une histoire émouvante écrite
par la fille de Daniel T. Mochen
Mon père, Daniel Thomas Mochen, est né à Quincy, Massachusetts en 1920. Ses parents venaient d'un petit village tyrolien, appelé Dimaro dans une région d'Italie qui faisait autrefois partie de ... l’Autriche (Avant la Première Guerre Mondiale). Son père (mon grand-père) a travaillé pour le « Fore River Shipyard » (chantier naval) à Massachusetts, construisant l’USS Salem-139, et mon père a travaillé avec mon grand-père. Quand il a fallu mettre le bateau en service, l’US Navy a demandé à mon père de s’engager, puisqu’il avait une connaissance de première main sur ce navire. Mon père a servi sur plusieurs navires au sein de l’US Navy : l’USS Massachusetts, Hornet, Salem et Boston. Il a gagné la médaille de la Victoire de la Seconde Guerre Mondiale, la médaille de Campagne des Etats-Unis, la médaille Asie-Pacifique-10 étoiles, la médaille de bronze d’Afrique du Moyen-Orient, la médaille 2 étoiles de la libération des Philippines, et la médaille de la bonne conduite. Mon père a combattu à la bataille d’Alger, la Mer de Corail et Midway. A la suite de son service militaire, il a travaillé dans le service civil en Philadelphie, et il a eu différents postes en Espagne, en Italie, à Porto Rico, en Grèce et en Californie. En cours de route il a rencontré et s’est lié d’amitié avec un marin nommé Thomas Kelley (de Hell’s Kitchen, New York). Tout en étant sur l’USS Salem-139, en tant que navire de la 6ème flotte, ils ont visité Villefranche-sur-Mer, et ont fait la connaissance de Germaine Brau, ou « Mom Germaine ». Tom a épousé Claire (la fille de Germaine). A ce moment-là, mon père était déjà marié à ma mère et ils avaient déjà commencé à fonder une famille. Les deux familles sont devenues très amies et ont passé le plus de temps possible ensemble. Pendant que mon père était en poste à Villefranche et sur le bateau, ma mère résidait dans une très jolie villa au Cap Ferrat avec mes 4 frères et sœurs. C’était juste avant ma naissance- quand il a été temps pour eux de retourner aux Etats-Unis, ma mère était enceinte de moi et elle a donc décidé de me donner deux prénoms français (Denise Germaine-le deuxième bien sûr en hommage à « Mom Germaine »). De 1964 à 1968, ma famille a vécu à Naples en Italie, nous avons alors eu l’opportunité de visiter la France pendant les vacances scolaires et l’été. Mes parents rassemblaient leurs 6 enfants (Kathryn, Thomas, Elizabeth, Richard, Denise et Mary) et nous allions visiter nos amis à Villefranche (Jojo, Rémy et leurs enfants et les enfants de la famille Kelley aussi). Grâce à tous les déménagements faits en tant que "Navy Brats", nos parents nous ont offert la possibilité de voyager et de connaître différents pays et cultures. C’était une façon merveilleuse de grandir et quelques-uns de mes meilleurs souvenirs d’enfance incluent la liberté d’explorer ce que je pensais être comme la ville la plus parfaite et magique (Villefranche), en courant dans les rues pavées avec Kiki Kelley (la fille de Tom et Claire – elle était la plus proche de mon âge) et en regardant les bateaux de pêche. Nous avons vu la bataille de fleurs, nous avons fait des balades sur des pédalos, nous nous sommes assises avec nos jambes au-dessus de l’eau en mangeant des morceaux de pastèque et une fois, mon frère a même été candidat dans une compétition de natation. La nuit, nous sortions en cachette du lit et regardions à travers les barreaux du balcon pour observer « l’Homme à la Bicyclette » qui amusait nos parents après le dîner. Mais une de mes meilleures expériences était de passer par la porte arrière de « La Mère Germaine » où Fernande le Chef nous donnait un cornet de frites toutes fraîches, salées, et bien chaudes – Que demander de mieux ? Au fil des années, nous avons eu suffisamment de chance pour garder de bonnes relations avec Jojo, Remy, et maintenant Valérie et Thierry et tous les enfants de la famille Kelley. Philip, le fils de Valérie, est resté chez moi il y a quelques années à Boston pendant tout le mois d’Août où il a amélioré ses connaissances en anglais pour préparer son avenir. Mon père est mort en 2006 à l’âge de 86 ans. Il aimait ses relations françaises et ses jours à Villefranche étaient les meilleurs de sa vie. Nous avons chéri nos amitiés et nos souvenirs à Villefranche-sur-Mer, et c’est la raison pour laquelle nous sommes si heureux de prévoir une visite en 2017. Quelle merveilleuse manière de commencer la nouvelle année. J’espère que vous me pardonnerez ce long e-mail – il y a une telle histoire pour ma famille dans votre région et j’ai du mal à savoir quand m’arrêter.Lire plus
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